Dans cette rubrique, figurent quelques-uns des articles parus dans différents bulletins trimestriels de l'Arche aux Plantes.

 

 


L'Arisaema : une belle curiosité pour les jardins

d'ombre

 

 

Katia Goëttel

 

Bull 115, Oct. 2017

 

 

Les Arisaema sont des arums asiatiques appartenant  la famille des Araceae, le genre comprend environ 170 espèces pour la plupart originaire de l’Himalaya où elles poussent spontanément dans les sous bois frais et les friches rocailleuses. On en trouve aussi en Amérique du Nord (Arisaema triphyllum et Arisaema dracontium) et en Afrique dans les montagnes d’Ethiopie . Les fleurs se caractérisent par une spathe très étonnante faisant penser à la tête d’un cobra le plus souvent effilée, de couleur soit verte, blanche, jaune, rose, ou noire.

 

Son nom Arisaema vient de l’association de deux mots grecs : ‘Aron’ qui désigne un arum et ‘haima’ qui désigne le sang faisant référence aux spathes souvent de couleur rouge foncé.

 

 Très rustiques (- 15 °C à – 20°C) ils aiment les terres riches en humus, légères fraîches mais drainantes à l’ombre de préférence à la lisière des grands arbres, l’ouest étant la meilleure exposition. Si votre sol est lourd, vous pouvez ajouter 1/3 de terreau de feuilles et 1/3 de sable non calcaire, que vous mélangerez à votre terre végétale sur 20-25cm de profondeur et largeur. Plantez le bulbe sur un petit lit de perlite, à 6- 8cm de profondeur (cela évitera le pourrissement en hiver) et recouvrez-le de votre substrat.  

La terre ne devra jamais se dessécher en été mais à l'inverse ne devra jamais être gorgée d'eau en hiver.

En cas de forte humidité hivernale, le bulbe pourrira c’est pourquoi je préfère pour l’instant les cultiver en pot que je rentre à l’abri au sec tout l’hiver (quelques gouttes d’eau par quinzaine suffiront). J’utilise des pots assez larges que je remplis d’un mélange de terreau de feuilles et vermiculite. A la fin de l’hiver je reprends progressivement l’arrosage  pour voir rapidement les bulbes pointer dès le mois de mars, leur croissance est alors spectaculaire.

 

Arisaema griffithii au démarrage photo K. Goëttel

 

Cette année, Arisaema nepenthoides était particulièrement précoce, dès la fin février il s’est mis à pousser vigoureusement pour me faire une fleur  couleur rouge brun striée de vert vers la mi-mars (photo). Ses tiges maculées de pourpre sont également très décoratives et le feuillage d’un vert luisant.

 

                                      A. nepenthoides  photo K. Goëttel

 

S’en est suivi Arisaema griffithii var pradhanii, un Ariseama rare et spectaculaire par les grandes dimensions de sa feuille trifoliée et coriace d’un beau vert luisant, et  ses très larges spathes rouge foncé réticulées de vert et blanc. (photo) Du haut de sa tige noire, il peut atteindre 1,20 m de hauteur.

 

A. griffithii var. pradhanii : fleur noire photo K. Goëttel

                                  :feuillage et variante claire photo M. Le Hérissé

 

D’un autre genre Arisaema consanguineum avec sa grande feuille composée d’étroites folioles  rayonnantes donnant une apparence de parapluie ombrageant la fleur. Sa tige verte et sa fleur verte claire striée de blanc peut facilement atteindre un mètre de haut. Arisaema concinnum plus petit à la même configuration de feuillage et se distingue par sa tige maculée de pourpre et sa fleur rouge striée de vert. On les trouve tous deux à l’ouest de l’Himalaya jusqu’en Birmanie.

 

                          A. consanguineum photo M. Le Hérissé

 

                                    A. concinnum  photo K. Goëttel

 

L’une des plus belles et curieuses fleurs d’Arisaema est sans doute celle d’Arisaema sikokianum, originaire du Japon, de petite taille (40 cm) avec de petites feuilles composées vertes. Sa particularité est sa fleur très originale, très sombre avec un spadice blanc en forme de massue. Cette année, j’ai pu profiter de cette fleur deux mois durant, il supporte davantage un substrat sec, je l’arrose donc modérément.

                                    A. sikokianum  photo K. Goëttel

 

L’un des Arisaemas que je préfère est sans nul doute Arisaema costatum originaire de l’Himalaya avec son énorme feuille composée de 3 folioles vert brillant et côtelées qui atteint cette année plus de 40 cm de diamètre. La fleur apparait sous le feuillage vers le mois de juin sur une tige lisse et pourprée, elle est pourpre foncé rayée de blanc.

         A. costatum   photo K. Goëttel

 

                                A. costatum : fleur  photo M. Le Hérissé

 

Dans un tout autre registre nous avons Arisaema flavum avec ses petites fleurs de couleur jaune, et un feuillage composé, il est originaire des montagnes d'Ethiopie, de la péninsule arabique, de l'ouest et du centre de l'Himalaya, de l'Afghanistan au Népal, du Bhutan et de l'ouest de la Chine où on le trouve entre 1.400 et 4.500 m d'altitude

 

           A. flavum  photo M. Le Hérissé

 

Et tout aussi étrange, Arisaema ringens, originaire de la Chine et du Japon, avec sa grande feuille trilobée vert clair. Il a la particularité d'avoir une fleur fortement recourbée sur le haut, elle est soit toute verte soit verte et marron.

           A. ringens : feuillage et fleurs  photos M. Le Hérissé

 

Une fois les fleurs des Arisaema fanées, on peut encore profiter pendant de longues semaines du feuillage très exotique de la plante ce qui fait tout son attrait. Lors de la fructification on voit apparaitre serrées sur l’épi de nombreuses baies charnues vertes puis rouge orangé à la fin de l’été début d’automne qui sont du plus bel effet, pour les faire germer, elles doivent être lavées de leur pulpe, attention cependant elles sont très toxiques car elles contiennent entre autres des oxalates de calcium (photo). Il faut compter 3 à 6 mois avant la germination.

 

A. consanguineum                     A. tortuosum  photos M. Le Hérissé

 

 

Les Arisaema sont des plantes gourmandes qui si elles sont cultivées en pot nécessitent un rempotage tous les 2 ans. A l’automne alors que le bulbe est déjà en dormance, j’en profite pour leur changer de pot, quelques petits bulbes peuvent alors s’être formés sur le pourtour, ils se détachent facilement du plant-mère dès lors qu’ils atteignent 2 cm de diamètre.

 

 

 

L’Arisaema est une plante peu répandue dans nos jardins, elle est pourtant bien étonnante et peu délicate pourvu de respecter ses exigences.