Acclimatation des érythrines dans l’Ouest de la France

 

 

 

Anselme Michaud

 

 

 

Ce genre, appartenant à la famille des Fabacées, comporte environ 120 espèces, toutes issues des régions chaudes du globe : Amérique centrale et du Sud, Afrique centrale et du Sud, Australie, Malaisie, Asie du Sud-Est et Inde.

 

Erythrina flabelliformis

 

 

C'est en Amérique du Sud que l'on rencontre près de la moitié des espèces; la plus connue et cultivée en France est la crista-galli.

 

Certaines de ces plantes sont des vivaces, comme la zeyherii, qui disparaît l'hiver pour reparaître au printemps ; des arbrisseaux  de 1,50m de haut, comme Erythrina acanthocarpa  ou E. herbacea ; des arbustes de 5 à 6 m de haut, telles Erythrina lysistemon et E. crista-galli, dans leur pays d'origine en l’occurrence le Brésil ; ou même carrément des arbres  tel est le cas d’Erythrina corallodendron, d’E. caffra ou d’E. indica variegata aux feuilles panachées de jaune.

 

Il en existe au moins, d’après la littérature, une espèce grimpante : E.planisiliqua, alias Rhodopis planisiliqua, vulgairement appelée «érythrine à gousses plates » originaire de l'île de Saint Domingue ; mais une pépiniériste, en voyage dans l’île, l'a cherchée sans succès. Une espèce lui ressemblant beaucoup a été trouvée au Brésil, dans l'Etat de Bahia, à l'intérieur des terres, donc; mais elle n'a pas supporté le voyage.

 

Sur une revue en date de 1880, il est fait mention d'une autre érythrine grimpante originaire du Pérou –Erythrina splendens.

 

En ce qui me concerne, je me suis passionné pour la culture de ces plantes depuis une vingtaine d'années ; voici le résultat de mes expériences.

 

Bien que je possède d'autres espèces que je rentre l'hiver en serre, je vais vous parler de celles que l'on peut cultiver en pleine terre au sud de la Loire. Toutes sont à planter dans un terrain situé plein sud, en terre ordinaire. Apporter des arrosages et de l'engrais l'été, tailler assez court à l'automne et, en cas de grand froid, couvrir avec un voile d'hivernage.

 

Au nord de la Loire, on peut également les cultiver, mais le manque de chaleur durant l'été peut compromettre la floraison, comme pour les Lagerstrœmia et les Albizzia. Il convient donc de les planter, si possible, devant un mur exposé au sud, et, l’hiver, d’éviter que le sol ne devienne

 

trop humide et, par précaution, de les couvrir systématiquement d'un voile d'hivernage.

 

 

Erythrina acanthocarpa

 

Cet arbrisseau de 1 m à 1,50 m de haut, à très jolies fleurs orange et jaune, a résisté chez moi plusieurs années à -8 °C, voire -9 °C, a perdu ses feuilles mais est toujours reparti au printemps suivant. Placé à l'ombre, il ne fleurissait pas, mais je vais remédier à cette situation.

 

 

Erythrina arborescens

 

Les graines étant jusqu’il y a peu introuvables en France, c'est un de mes correspondants brésiliens en voyage au Bhoutan (Himalaya) qui m'en a rapporté. Cette espèce, largement aussi rustique que E. crista-galli, repart chez moi de la souche au printemps mais, sans doute trop jeune, n'a pas encore fleuri.

 

 

Erythrina x bidwilii  (hybride entre E. crista-galli et E. herbacea)

 

Elle a longtemps été commercialisée dans le Sud de la France sous le faux nom d'herbacea, et il a fallu qu'un jardin botanique d'Hawaii m'envoie l'herbier de cette plante pour que l'on se rende compte qu'il s'agissait bien de x bidwilii, hybride entre crista-galli et herbacea que tous les passionnés de ces plantes recherchaient.

 

C'est une plante magnifique, plus rustique que crista-galli puisqu'elle résiste à -14°C. Elle produit de grands épis de fleurs rouge sang veloutées en été et en automne. Je lui reprocherai seulement son port désordonné et pleureur. La couleur peut varier légèrement.

 

Il en existe deux cultivars, E. x bidwillii ‘Blakei’ et E. x bidwillii ‘Candeni’, qui se différencient uniquement par les pousses de fleurs, vertes chez ‘Candeni’ et violacées chez ‘Blakei’. Ces pousses sont suivies chez l’une et l’autre par des fleurs d’un rouge vermillon intense, qui peuvent mesurer de 2 à 3 m de haut, et autant de large. On ne les trouve qu'à Canden Park, ou dans le Jardin botanique royal de Melbourne.

 

Erythrina x bidwillii

 

Erythrina x bidwillii

 

Erythrina crista-galli

 

 

 

C’est, ainsi que je l’ai dit, la plus connue et cultivée en France, rustique à-10 °C. Il en existe de nombreux cultivars ou variétés, qui diffèrent du type par leur comportement (s’élevant de 60cm de haut à plus de 3 m ici, elle atteint 5 à 6 m dans son pays d'origine, le Brésil), ainsi que par la forme du feuillage.

 

La couleur des fleurs va du rose pâle au rouge très foncé. Il existe une forme à fleurs entièrement blanches, la variété leucochlora, qui, issue d’un gène récessif, ne peut être multipliée que par bouture, les graines donnant des plantes de couleurs différentes mais rarement  blanches. Elle n’est pas commercialisée en France pour le moment, mais a été localisée chez un pépiniériste français, qui n'arrive cependant pas à la bouturer. Il en existe une forme orange dans le Nord de l'Uruguay, absolument splendide, mais je n'ai pas encore trouvé le moyen de me la procurer.

 

 

L’Erythrina crista-galli ‘Compacta’ vivace (elle ne fait pas de tronc) que l’on trouve chez Brigitte Issa ne fait que 1,20 m de haut; elle n’en fleurit pas moins normalement.

 

J'en ai trouvé une autre qui s’élève à 1 m, avec des tiges florales très courtes et une hampe de fleurs très serrée. Une troisième, également dénommée ‘Compacta’, mais arbustive, obtenue par Zwijnenburg en Hollande, est beaucoup plus vigoureuse et florifère que l’espèce type : les tiges qui poussent au printemps (une cinquantaine) fleurissent sur des épis de 90 cm à 1 m 13 de long. De mon point de vue, c'est la plus belle, avec une rusticité, comme toujours semble-t-il, comparable à celle du type. En 2013, où l'on a enregistré une chute des températures à -9°C, elle est repartie sans avoir été protégée. Hauteur: 2,50 m à 3m au bout de trois ans. La variété laurifolia a l'intérieur de la fleur rouge, comme à l’accoutumée pour le genre, mais l'extérieur est gris pâle; il y en a certainement très peu d’exemplaires en France: pour ma part, je n’en connais qu’un.

 

Erythrina crista-galli compacta

 

Erythtina crista-galli compacta détail

 

 

Je possède aussi l'Erythrina crista-galli var. inermis, qui n'a aucune épine, ni sur les tiges, ni sur ou sous les feuilles. Elle fleurit et produit

 

Des graines, contrairement à la plupart des cultivars.

 

J'en cultive aussi des naines, hautes de 60 cm, qui fleurissent, et une dont les feuilles, panachées dans sa jeunesse, sont revenues au vert. C'est l'éternel problème avec les panachures : les plantes ont tendance à retourner au type. Remise en pleine terre après plusieurs années en pot, où elle fleurissait mais ne grainait pas, elle recommence à panacher. Mystère de la nature...

 

(Précisons ici que tous les cultivars d’érythrines que j’ai tentés ont la même rusticité que les espèces types.)

 

Enfin, dans le Nord de l’Argentine, du côté de Salta, existent à l’état sauvage deux autres variétés de crista-galli, la crista-galli variété crista-galli et la crista-galli variété longiflora, laquelle donne un arbre de taille moyenne, mais avec un tronc pouvant atteindre 1 m de diamètre ; elle a la particularité d’avoir des branches tortueuses. Ces deux variétés devraient en toute logique pouvoir être cultivées en zone 8, le plus difficile étant de se procurer les graines...

 

Erythrina crista-galli naine

 

Erythrina falcata

 

Espèce voisine d’E. crista-galli, mais qui peut devenir un arbre, comme au Jardin botanique de Bordeaux, où elle est cultivée. Ses feuilles sont non épineuses et semi-persistantes. Seul défaut : elle met très longtemps avant de fleurir. Sa rusticité est de -10°C.

 

 

Erythrina herbacea

 

Cette petite érythrine originaire de Mexico, atteignant une hauteur de 1,50 m, est une vivace à fleurs de couleur rouge ou rose, et même entièrement blanches (un seul exemplaire a été trouvé sur l'île de Tampa, en Floride, et le sujet qui m'a été donné provient donc indirectement de cette souche). Elle est rustique à -12 °C si la souche est protégée du froid ; elle disparaît en hiver, mais elle repartira au printemps.

 

Il existe deux variétés presque identiques à l’espèce type : H. herbacea subsp. herbacea et H. herbacea subsp. nigrorosea ; la variété arborea, pour sa part, a la particularité de fleurir, en rouge ou en rose, sur le bois de l’année précédente, contrairement aux précédentes, et, en conséquence, ne tolère aucun gel sur ses branches.

 

Erythrina heracea blanche

 

Erythrina zeyherii

 

 

Cette petite vivace de 60 cm de haut, à grandes feuilles, disparaît totalement en hiver, à l’exception du collet qui demeure apparent.

 

Durant cette saison, elle craint plus l'eau sur le dit-collet que le froid : elle pourrit alors en son centre, c’est ce qui advient très communément dans son pays d’origine : l’Afrique du Sud ; de nouvelles pousses se forment  dès lors sur le pourtour. Elle a des racines très longues et très dures : les cultivateurs savent bien que, lorsqu’ils labourent à proximité de cette espèce, ils prennent le risque d’abîmer leurs socs de charrue.

 

Elle peut offrir des variations de couleur de fleurs (de rouge à orange très vif, très rarement rose), comme on le constate en bord de route près de Blinkwater Mills, entre Stofberg et Roossenekal, où est établie une colonie de zeyherii présentant plusieurs variations de fleurs et feuilles. Elle a supporté -10°C chez moi, dans un terrain très sec (sableux), simplement protégée par un tunnel en Bidim. Très peu florifère dans un terrain pauvre en humus, elle peut aisément se cultiver en pot.

 

J'en cultive enfin une autre sous le nom de montana (sans certitude),que l’on peut voir sur Internet : www panoramio.com, photo n° 3726588. Je la cultive dans ma serre hors gel ; en été, je laisse sortir les tiges à l'extérieur.

 

Erythrina montana

 

Au Mexique, elle pousse en altitude jusqu’à  près de 2 650 m, et serait peut-être rustique à -6°C ou -7°C. Dans l'année, elle fait des pousses de 3m de haut, grosses de 3 cm, avec beaucoup de petites épines sur le tronc. Grandes feuilles composées de trois larges folioles, pas d'épines sur ou sous les feuilles. Je l'essaierai à l'extérieur quand je l'aurai multipliée. Elle est magnifique, et en fleur de la mi-juillet à la fin octobre.

 

Sur la Côte d'Azur sont cultivées, en plus de celles décrites, E. lysistemon, E. humeana, E. caffra, E. corallodendron et quelques autres.

 

Les deux premières sont des arbustes qui gèlent à -5 ou -6°C, les deux autres des arbres.

 

Erythrina humeana

 

En Guadeloupe, E. corallodendron, plantée à touche-touche, sert à délimiter les champs, formant des haies pouvant atteindre les 7 m de haut ; elle y est appelée «immortelle», du fait de sa durée de vie très longue.

 

D'autres érythrines pourraient certainement s'acclimater chez nous, mais nous sommes malheureusement peu nombreux en France à nous passionner pour ces plantes magnifiques.

 

 

 

Pour trouver la majorité de ces plantes...

 

s'adresser à la pépinière Issa, qui se fera un plaisir de vous renseigner :

 

 

 

Pépinière Issa (67, avenue de Grenache 34270 Valflaunès)

 

Tél./fax : 0467553743

 

Site internet :

 

http://pepiniereissa.fr

 

E-mail : pepiniereissa@hotmail.com

 

 

 

ou aux Pépinières Fleurs du Sud (Alain Tan 371, chemin de Barbier, Saint-Martial 82000 Montauban

 

Tél.: 0685398673

 

Site internet :

 

http://www.pepinierefleursdusud.com

 

E-mail : contact@pepinierefleursdusud.com,

 

pepinierefleurdusud@orange.fr

 

qui se spécialisent dans les cultivars de crista-galli et certaines autres

 

variétés.

 

 

 

Photos : Anselme Michaud, Patrick Bouraine et Patricia March’ic.