LA POLLUTION CREATRICE DE BIODIVERSITE

 

Les « Gazons maudits » du Nord-Pas de Calais

 

Maryse Le Hérissé.

 

Compte-rendu de l’article de Guillaume Lemoine  & Maxime Pauwels

 

 

 

Les activités humaines qui modifient l’environnement naturel, sont une menace pour la survie des espèces végétales et animales.  Mais, il peut exister, rarement il est vrai, que des espèces nouvelles viennent enrichir la biodiversité locale.

 

Le Nord-Pas de Calais est profondément lié à l’extraction du charbon et à l’industrie métallurgique intense pendant près d’un siècle et demi produisant du plomb et du zinc dont 200 000 t/an sont encore fournis sur l’un des sites de la région.  La pollution a fortement  touché l’environnement proche des sites industriels par des dépôts directs de stériles et scories, puis dans un périmètre beaucoup plus vaste les retombées des fumées mal ou non filtrées disséminées par le vent sur les sols naturels ou agricoles.  Naturellement présents dans les sols, 3 métaux lourds :  zinc , plomb et cadmium,  présentent une concentration beaucoup plus importante dans les sols contaminés, ces sols sont dits  « sols calaminaires »,  la calamine est un minerai de zinc.  Ces métaux à concentration élevée sont tous toxiques pour les êtres vivants. Les espèces locales finissent par disparaître.

 

Mais curieusement, ces sols connaissent par endroits des spots de végétation fleurissant abondamment du printemps à l’été. C’est ce que l’on appelle des « pelouses calaminaires » primaires, secondaires ou tertiaires selon qu’elles poussent respectivement sur un sol naturellement riche en métaux lourds,  directement sur des déchets industriels, ou sur les retombées des particules métalliques.  Les plantes qui se développent alors sont : l’arabette de Haller,  Arabidopsis halleri  à fleurs blanches ,  l’armérie de Haller, Armeria maritima subsp. halleri, à fleurs roses, la pensée calaminaire, Viola calaminaria, à fleurs jaune parfois associé au violet, et le silène humble, Silene vulgaris subsp. humilis, à fleurs blanches.  Ces taxons appartiennent à la catégorie écologique des métallophytes qui poussent sur les sites pollués par les métaux.   Ces pelouses calaminaires se développent exclusivement sur des sites qui n’existaient pas avant l’arrivée des usines métallurgiques au XIXè siècle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Photo G. Lemoine

Pelouse calaminaire à Armérie de Haller

L’armérie maritime pousse dans les falaises du bord de mer sur des zones supportant les embruns et la sécheresse, cela suggère une capacité d’adaptation à des milieux difficiles et à la sécheresse comme souvent dans les milieux pollués par les métaux.

L’arabette de Haller est une espèce de montagne (Alpes, Carpates),  elle pousse aussi dans le Harz, Allemagne, zone industrielle polluée par les mêmes métaux lourds  que dans le Nord-Pas de Calais, mais également proche d’une zone naturellement riche en métaux lourds, limitrophe de l’aire de répartition naturelle de l’arabette.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

photo G. Lemoine

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

photo G. Lemoine

Viola calaminaria

La pensée calaminaire est  endémique des sols calaminaires primaires en Belgique et en Allemagne, donc  qui ne pousse que sur des sols naturellement riches en métaux lourds.  D’après des études génétiques, c’est une espèce proche de Viola lutea, espèce montagnarde  (Alpes, Massif Central) et selon certains auteurs elle n’en serait qu’une sous espèce : V. lutea subsp. calaminaria.  Son arrivée ne date que de 1995 et uniquement dans la localité d’Auby « la capitale du zinc ».   Il faut souligner qu’il existe en Belgique, une autre plante endémique est une plante qui croît dans les Pyrénées : Cochlearia pyrenaia.

Ces remarques amènent des naturalistes à faire la liaison avec  les glaciations du Pléistocène et  les migrations floristiques d’espèces montagnardes vers les plaines. Le réchauffement qui a suivi a vu ces espèces regagner les montagnes pour retrouver des conditions plus fraiches, sauf quelques  espèces reliques sur des sols calaminaires primaires.

Le silène enflé, Silene  vulgaris, très commun dans le Nord est très proche du silène humble, S. vulgaris var. humilis, et sont génétiquement très voisins et son origine reste inconnue.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

photo G. Lemoine

Silène humble Silene vulgaris var. humilis.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

photo G. Lemoine

Pelouse calaminaire à arabette et Viola

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

photo G. Lemoine

Pelouse à Viola

L’association composée de l’armérie de Haller, l’arabette de Haller et du silène humble est une association rare appelée pelouse calaminaire des Violetalia calaminariae proche des pelouses naturelles des sols calaminaires primaires (naturels) qui pousse en Allemagne ou en Wallonie, alors que dans le Nord- Pas de Calais, elles sont exclusivement liées à l’activité humaine.  En France , de tels sols calaminaires n’existent que dans les Pyrénées et les Cévennes, mais avec une flore légèrement différente. Les seuls sites du nord-Pas de Calais à pelouses calaminaires concernent uniquement 3 communes  et 2 zones appartiennent au réseau Natura 2000, et depuis 1991,  l’armérie de Haller est une espèce protégée du Nord-Pas de Calais.

Si la flore est perturbée, la faune aussi : Les abondantes floraisons peuvent attirer des espèces autrefois absentes.  Par exemple  le papillon demi-argus, Cyaniris semiargus, a été remarqué sur 3 sites où pousse l’armérie de Haller alors que sa niche écologique se situe beaucoup plus au Sud.  Ces observations corroborent celles faites en Belgique où le petit nacré, Issoria lathonia pond ses œufs sur les pensées calaminaires et la coccinelle à 24 points se nourrit  sur le silène humble.  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

photo G. Lemoine

Papillon demi-argus

 

Ces pelouses sont un lourd héritage du passé industriel de cette région,  une conservation pose de vraies questions sur l’opportunité de conserver des espaces pollués et sur lesquels poussent des espèces non indigènes.  Cependant, ces espèces sont l’exemple de la capacité d’adaptation à des milieux écologiques  fortement toxiques.   Les plantes calaminaires sont des indicateurs biologiques de pollution jouant un rôle de « mouchard » non négligeable que l’on retrouve par exemple sur des remblais récents.

   

 

Merci à  G. Lemoine et M. Pauwels qui m’ont autorisée à utiliser leur article, et G. Lemoine qui m’a fait parvenir  ses photos pour illustrer mon texte.

 

Pour en savoir plus :

La pollution créatrice de biodiversité, les « gazons maudits » du Nord - Pas de Calais, Lemoine G. 1& Pauwels M., 2014- Espèces N° 12, 4p.